5    La voie du changement

 

5.1  Entretien avec Cyril Javary

Ellipse: Cyrille Javary
Né en 1947, est un sinologue non universitaire français.
Il étudie le chinois à partir de 1975 à l'université de Vincennes et part séjourner à Taiwan entre 1979 et 1981. Il est formateur d'hommes d'affaires à la collaboration et la négociation avec des partenaires asiatiques, rattaché au groupe Lotus Bleu de l'INALCO.

Un grand classique de la culture chinoise s’intitule « le livre des changements ». Elaboré dans le premier millénaire de notre ère, il est constitué d’hexagrammes formant une carte des mutations intervenant dans la nature et donc l’humain.

Cyril Javary consacre son association Djohi à son étude et son analyse. Je l’ai rencontré pour une discussion autour de quelques sujets qu’il a illustrés avec l’étude de leur idéogramme. Cet entretien, empreint de la grande générosité du sinologue, a semé dans mon esprit quelques graines qui fleurissent régulièrement.

Le changement par le dessin du soleil et de la pluie. L’idéogramme yi est formé par la juxtaposition de deux signes. En haut, une sorte de carré avec un trait à l’intérieur, c’est le signe du soleil. En dessous, comme des filaments, c’est la représentation de la pluie qui tombe. Soleil et pluie, est-il réalité plus naturelle, phénomène plus quotidien ?

« Pour les chinois – peuple sédentaire et cultivateur – Pluie et soleil sont aussi nécessaires l’un que l’autre. L’un sans l’autre leurs bienfaits s’annihilent, l’un avec l’autre leurs bienfaits se multiplient. »

Ainsi, le tout premier sens de ce caractère est donc de désigner les « changements de temps ».  Ensuite de soleil en pluie et de pluie en soleil, chacun peut constater que le temps change constamment.

Le deuxième sens de l’idéogramme yi est simple, facile; En effet, quoi de plus aisé que de constater le changement de la pluie et du soleil. Il suffit de laisser passer le temps.

Le troisième sens usuel est plus surprenant, yi signifie également loi fixe. C’est pourtant la conclusion que chacun pourra tirer de l’évidence naturelle de la transformation universelle. Le changement est la seule loi qui vaut et prévaudra toujours, en conclut le pragmatisme chinois, la seule base solide sur laquelle bâtir une stratégie de l’action : « La seule chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps »

 

Le hasard représenté par deux idéogrammes indiquant la notion de lien, de croisement entre deux réalités ou causes. Ou et Peng

Je me souviens d’une anecdote très éclairante que Cyril Javary citait au sujet de Confucius. Ce dernier louait les qualités du loriot jaune. Petit oiseau dont la liberté de mouvement le fait se poser là où il veut, donc là où c’est le plus juste. Au-delà de l’enseignement que cette illustration nous offre dans la quête du geste juste, elle dépeint la différence qu’un chinois et un occidental conçoivent dans l’idée de hasard. Pour un chinois, le hasard est la forme que prend le flux du tao lorsqu’on lui donne libre court.

 Volant où bon leur semble, les loriots se posent aussi toujours là où ils veulent. Ayant cette liberté, ils se posent donc toujours là où ils doivent. C’est-à-dire à l’endroit où leur couplage avec la situation est le plus adéquat. C’est pour cette raison qu’ils sont pour les humains des maîtres à imiter. “ Le loriot jaune, quand il gazouille, sait très bien se tenir.” Confucius, commentant cette phrase du Livre des Odes souligne : “Se pourrait-il qu’un être humain en sache moins que cet oiseau ?”

L’analyse de l’idéogramme Yang shen signifiant « nourrir la vie » donne un aperçu d’une philosophie chinoise où la vie existante sur terre se matérialise parfois par notre corps que nous avons pour mission de nourrir.

 

En haut le mouton (la force, la production), en bas une pousse qui a déjà quelques branches.

Nourrir la vie, constitue le sous titre naturel de la démarche du Qi Gong voir le crédo de certaines école.

La vie est en terre, elle se manifeste parfois par la naissance d’un être humain par l’intervention du ciel, notre responsabilité est de l’entretenir, la nourrir.

 

 

 

 

5.2  Les changements sur Terre

 

Mais tout a-t-il toujours changé ?

Le Bagua, l’un des symboles de la cosmogonie chinoise, représente le jeu des interactions entre huit manifestation de la nature, huit formes de force en mouvement.

La terre, la montagne, l’eau, le vent, le tonnerre, le feu, le lac, le ciel.

 

Hors il existe deux agencements de Bagua. Le Bagua du ciel antérieur, c'est-à-dire avant l’apparition de la vie et le Bagua du ciel postérieur.

Le premier se caractérise par des forces se complétant par parité sur un axe vertical. Ce positionnement symbolise la stabilité, c'est-à-dire l’absence de changement.

A contrario, lorsque ces forces sont agencées différemment, les mouvements apparaissent et l’on peut en déduire que la vie apparait.

Mais de quelle vie parle-t-on ? Sans doute de toute forme de vie. Nos fins observateurs de la nature que sont les chinois anciens savaient parfaitement qu’il fallait des changements de temps, de saisons pour que la nature vive, que les végétaux poussent, fleurissent, fanent pour repousser à nouveau.

Ces deux Baguas me font personnellement penser à l’apparition de la vie du Terre. En effet, il y a quelques millénaires, la Terre tournait sur elle-même sur un axe perpendiculaire à l’orbite que forme sa trajectoire autour du soleil. Le cycle circadien n’était alors accompagné d’aucun changement climatique puisque chaque région à la surface de la Terre gardait le même angle vis-à-vis de la projection de la lumière du soleil, c'est-à-dire tout au long de l’année.

Puis, un météorite est venu frapper la Terre. Dieu jouait il à la pétanque ce jour là ?

Plusieurs phénomènes se sont alors produits. L’axe de rotation de la Terre a changé de 23 degrés, les climats sont apparus ainsi qu’une répartition différente de la proportion jour/nuit au cours de l’année. Hors, on sait aujourd’hui que cette proportion constitue pour les plantes l’indice d’indication des saisons et bat la mesure des floraisons.

Par ailleurs, une partie de la Terre s’est détachée pour former un satellite : la lune. En quelque sorte, il y eu la Terre et l’on prit l’une de ses côtes pour former la lune. On connait depuis toujours le rôle de la lune sur les masses d’eau voire sur les cycles féminins.

Revenons à nos baguas. Ce qui me surprend dans ces deux symboles définis, il y a plusieurs centaines d’années, c’est la coïncidence entre  le changement d’axe de rotation de la terre et le changement d’axe entre le bagua du Ciel antérieur et le bagua du Ciel postérieur.