1    En quête du geste juste

 

La vie est mouvement. Sur ce chemin, les gestes en constituent chaque pas. La quête du geste juste est une manière de s’interroger sur chaque pas en direction de la voie.

Docteur Liu Dong ainsi que Maître Liu He disent, tous deux dans leur cours respectifs, que le Qi Gong est partout dans la vie. Ainsi,  ce mémoire sur le Qi Gong thérapeutique présente des aspects très variés de mes expériences et rencontres.

Si la notion de « bonne santé » a un sens très approximatif, l’essentiel est de vivre pleinement sa santé.

La quête du geste juste passe en fait par vivre pleinement son geste.

 

2    Introduction

 

Mon fils Simon et moi observions ma plus jeune fille, Eléa, danser sur une musique inspirante quand Simon me demanda à quel âge nous perdions cette fraicheur qui donne un tel naturel dans nos gestuels. Simon est comédien et il peut être difficile sur scène d’avoir cette présence à tout moment. Nous en vîmes à parler du Qi Gong et de l’apport de cette pratique dans la qualité des gestes.

 

3    Le mouvement à sa source

3.1  De l’embryon au bébé

 

Ce qui m’a porté vers le Qi Gong, c’est justement ce à quoi le Qi Gong me mène : Une prise plus directe sur les mouvements de la vie.

Vouloir donner un sens à ces mouvements ne me parait pas essentiel, mais par contre, en les vivant pleinement tout en les considérants avec conscience, peut s’y révéler la Voie.

Dès lors, nos gestes, quant à eux en dessinent la trace. Ce faisant, le geste juste est il le fruit d’un apprentissage, d’un travail ou d’un élan naturel et spontané ?

La quête du geste juste s’inscrit dans une recherche personnelle : celle qui s’approchera de ma vraie nature et j’ai l’intime conviction qu’elle résonne avec l’universalité régnante dans la Nature.

Comment mieux définir ce qui est juste autrement que par référence à ce que nous montre la Nature ?

Et en approchant la médecine traditionnelle chinoise, j’ai toujours constaté qu’elle puise son inspiration dans l’observation de l’harmonie inspirée par la nature. C’est ce qui en fait sa force et son éternelle actualité. L’écologie la plus ancienne et la plus évidente est depuis longtemps décrite dans les fondements de la culture orientale.

Cette culture et son histoire me semble un excellent guide pour cette quête. Elle me semble parfois même un retour aux sources.

Un retour aux sources ou au passé ? Vers la prime enfance ? Quand un long apprentissage du statut d’homme social n’avait pas encore conduit les gestes à un contrôle permanent.  Les formes de mes mouvements dans le ventre de ma mère étaient peut être… étaient certainement emprunt de cette justesse.

Les membres ont poussés tels que cela devait être et ils ont été.

Il n’y avait ni haut ni bas, ni gauche, ni droite, ni avant, ni après.

Il n’y avait sans doute ni moi, ni eux.

Et puis, moi est apparu à la vie entre terre et ciel.

Le premier souffle, le premier cri…

Moi a appris à s’accoutumer à son poids, aux rythmes pour manger, pour dormir. Moi a pris conscience de lui et d’eux.
Moi était 1 et a appris 2.

Puis petit à petit, la prise de conscience de nos actes contrôle nos gestes…

Et nos gestes inconscients révèlent le manque de justesse de nos actes.

Le mental prend les rennes, et le corps prend la marque du mord aux dents. Les blessures jalonnent le chemin de la vie de petits cailloux blancs.

A quoi pourrait mener ces petits cailloux blancs ?

 

3.2  Le geste pris à sa source

Ces étapes à l’échelle de quelques années, de la conception au statut adulte, semblent suivre une évolution similaire à celle de l’homme depuis les premières apparitions de la vie sur terre.

De la rencontre d’un ovaire avec un spermatozoïde qui pourrait rappeler les premiers êtres unicellulaires à l’embryon en passant par différents stades proches de la vie aquatique, nous traversons en accéléré toutes les étapes de l’évolution : une cellule, qui si l’on y regarde à plus près possède comme les animaux les plus primitifs, les métazoaires, 3 feuillets l’endoderme, le mésoderme et l’ectoderme, 

 

 

puis nous évoluons par une multiplication exponentielle de cellules lors des 6 premiers jours,

 

puis des formes apparaissent en commençant par les 2 lobes du cerveau.

 

Nous semblons ensuite emprunter des formes aquatiques de temps très anciens mais adaptées à notre milieu vers 6 à 7 semaines.

 

Puis nos membres laissent distinguer des mains, nos organes se sont formés, peau, muscle, organe sont d’ailleurs conçus respectivement à partir de nos feuillets d’origine que sont l’endoderme, le mésoderme et l’ectoderme.

 

 

Au quatrième mois, nous commençons à rêver. Notre système nerveux se forme. Les os se fortifient. Les muscles vont commencer à permettre les mouvements.

 

 

Même après la naissance, on peut observer des similitudes entre l’évolution de la motricité du bébé et l’évolution animale à travers le temps.

 

 

 

3.3  L’évolution de la motricité

 

Une méthode de Qi Gong adaptée aux enfants consiste à leur faire imiter une série d’animaux dans un ordre précis. En commençant par exemple par le crocodile, on constate que la démarche de cet animal (parmi les plus anciens sur notre planète) ressemble aux déplacements rampés du bébé.

 

La même comparaison est applicable aux félins, aux ours, aux chevaux puis aux singes en les comparants avec les différents stades d’apprentissage de la marche chez les enfants.

La plupart des animaux apprennent leur autonomie physique voire sociale en quelques mois quand il faut des années à l’homme. Un cheval va galoper quelques heures après sa naissance. Il en va de sa survie. L’homme va passer plusieurs mois puis plusieurs années passant dans différents stades d’évolution. Ces différentes étapes seront jalonnées de bobos qui parfois le marqueront toute sa vie. Pourtant, vivre pleinement ces étapes est essentiel ; de fortes séquelles apparaissent aussi lorsqu’elles ont été brulées ; lorsque certaines expériences n’ont pas été vécues.

Pendant les différentes étapes de son évolution, le petit d’homme se construit. Il applique un principe d’efficacité : dans l’environnement qui lui est proposé, adopter le mouvement qui lui demande le moindre effort. Ainsi, au fur et à mesure des expériences vécues et proposées, il va enregistrer des schémas corporels et se construire une certaine image de lui.

En passant par ces différents stades d’évolution de sa motricité, l’homme inscrit une certaine image de lui-même, de ces capacités et de ces limites. Il les expérimente puis vit avec. Il se fait une représentation de chaque partie de lui-même pour se constituer une image globale.

Le cerveau pense le mouvement avant de le réaliser et il le pense sur la base de l’image qu’il a enregistrée inconsciemment de lui même. Mais cette image peut à la longue être trompeuse et fixer une limite « virtuelle » et erronée.

 


Ellipse: Maitre Guo Lin
Maitre Guo Lin est née en 1909, artiste peintre spécialisée dans la peinture traditionnelle chinoise. Elle est connue pour avoir promulgué dans les années 70 une nouvelle méthode thérapeutique de Qi Gong après avoir elle-même soigné son cancer avec son grand-père, Maître taoiste.

En Qi Gong, certaines postures ont été inspirées par des démarches d’animaux associés aux éléments feu, métal, eau, terre et bois. Le Qi Gong de la marche de Madame Guo Lin possède cette caractéristique. Voyez comment de la démarche de l’ours, on arrive au Xi Xi Hu de la Rate associée à l’élément Terre.

Ces méthodes ont démontrées leur efficacité à titre thérapeutique ou d’accompagnement à des thérapies lourdes. Elles sont extrêmement utiles lors de rééducations de fonctions motrices.

Suite à un accident, la pratique de mouvements progressifs dans l’échelle de maturité motrice permet de  reconstruire une image juste voire l’améliorer par la prise de conscience par le mouvement.